avec détermination

"Ce sont des créatures silencieuses, aux prises avec leur environnement, dont nous faisons partie."

Cet espace rends compte de mes recherches en cours autour de cette notion. Il me sert d'espace d'exposition immédiat, dans lequel je montre les créatures au fur et à mesure de leur achèvement. Et pour ne pas surcharger l'espace, je retire les plus anciennes.

Mes bases de travail sont les suivantes: je crée un corps, constitué de fragments d'images, souvent minimales. Je plonge ce corps dans un univers physique, principalement constitué d'un espace rectangulaire dont le corps ne peut sortir (une boite), et dans lequel règne une force de gravité qui tire les corps vers le bas. Ce monde physique, un ensemble d'équations mathématiques, s'incarne ici sous la forme d'algorithmes qui agissent continuellement sur les corps plongés en son sein.

Une fois ce corps et cet univers physique mis en place, je fournis au corps des muscles, qui sont des forces agissant sur les éléments du corps les uns par rapport aux autres. Ces forces aussi s'incarnent (s'implémentent) sous forme d'algorithmes agissant dans l'immédiat, en temps réel.

Enfin, je dote la créature de motivation, c'est à dire d'une force qui pilote les muscles et qui la fait bouger dans un certain but. Par exemple, se tenir debout. Cette motivation, elle aussi implémentée par un algorithme, active les muscles en fonction du décalage entre le but et la perception que la créature a de sa propre position et de son mouvement actuels (kinesthésie) , selon un principe connu en cybernétique sous le nom de téléologie prédictive par rétroaction négative.

Cette force de motivation agit dans un objectif bien déterminé et avec des règles clairement écrites, mais les muscles ne répondent pas toujours bien, les joints tremblent parfois aléatoirement, les muscles fatiguent, la motivation décline ou augmente, la prédiction est parfois fausse, et la kinesthésie n'est pas toujours parfaite. Ces imperfections elles-mêmes sont programmées à l'aide coeficients aléatoires se déclenchant de manière aléatoire.

Ces défauts, ainsi que l'opposition entre le but et les contraintes physiques (boite, gravité) plongent la créature dans une lutte sans fin, dont nous sommes les spectateurs impuissants. D'autant plus impuissants que le moindre mouvement de notre part (avec la souris) déplace l'univers entier, c'est à dire la boite dans laquelle se trouve la créature, la perturbant encore plus.

Pour chacune de ces créatures, je cherche à approcher une certaine essence d'être. Un mode d'être, un étant, de qualité différente pour chacune d'elle. Et pour cela, je me concentre sur leur dynamique, leur mouvement, sur les formes que prend leur motivation dans leur réalité. L'image, accessoire, ne sert qu'à nous permettre d'appréhender leur mode d'être. L'interaction elle-même n'est qu'un lien minimal entre leur réalité et la notre. Pour chacune de ces créatures, sa présence, si elle se manifeste, découle d'un rapport délicat entre la motivation et les forces et formes de l'aléatoire, du corps et de l'univers.

J'espère que cette visite vous donnera l'envie de revenir.

 

Antoine Schmitt

22 Mai 2000

with determination

"They are slient creatures, struggling against their environment, which we are part of."

This space is dedicated to my ongoing research around this notion. I use it as an immediate exhibition space, in which I show the creatures as soon as they are achieved. And so as not to overload the space, I remove the oldests.

The basis of my work is as follows: I create a body, constituted of fragments of images, usually minimal. I immerse this body in a physical universe, mainly made of a rectangular space, which the body cannot leave (a box), and in which reigns a gravity force which drags the bodies towards the bottom. This physical world, a set of mathematical equations, is embodied here in algorithms which continually act on the bodies immersed inside it.

Once this body and this physical universe are put in place, I give the body muscles, which are forces that act on the elements of the body relatively to each other. These forces are also embodied (implemented) in algorithms acting in the instant, in real time.

Finally, I provide the creature with motivation, that is of a force which pilots the muscles and makes it move towards a certain goal. For example, standing up. This motivation, which is also implemented with an algorithm, activates the muscles according to the shift between the goal and the perception that the creature has of its own position and movement (kinesthesy), following a principle known in cybernetics as predictive teleology by negative feedback.

This motivation force acts toward a very well determined goal and with clearly defined rules, but the muscles do not always work well, the joints shivers sometimes randomly, the muscles get tired, the motivation declines or raises, the prediction is sometimes wrong and the kinesthesy is not always perfect. These imperfections themselves are programmed, using random coeficients being triggered at random moments.

These defaults, as well as the opposition between the goal and the physical constraints (the box, gravity) plunge the creature in an endless struggle, of which we are the helpless spectators. All the more helpless as the slightest movement we make (with the mouse) moves the whole universe, that is the box in which the creature is placed, perturbating it even more.

For each of these creatures, I try to approach a certain essence of being. A mode of being of different quality for each of them. And for this, I concentrate on their dynamics, their movement, on the shapes that take their motivation in their reality. The function of the image is to enable us to apprehend their mode of being. The interaction itself is only a minimal link between their reality and ours. For each of these creatures, its presence, if it manifests itself, derives from a subtle relationship between the motivation and the shapes and forces of the randomness, of the body and of the universe.

I hope that this visit will give you the desire to come back.

 

Antoine Schmitt

May 22 2000